L’Illumination
Pierre SIMON – novembre 2019

 

Pour de nombreux spiritualistes, le but ultime de la quête spirituelle est l'illumination. Mais en quoi consiste l'illumination, quand et comment se produit-elle, et que se passera-t-il après ?

Ces questions me dépassent largement, et pourtant je les pose. Le texte induit sera sans doute une envolée précaire, mais je considère que le jeu en vaut la chandelle.


Voyons peut-être tout d’abord ce que n’est pas l’illumination. Comme vous le savez sans doute, la démarche mystique consiste à s'élever de plus en plus vers le divin, en pensée, en parole et en action et on pourrait donc penser que l'illumination est l’aboutissement de ce processus, c’est-à-dire la fusion en ce qu'il y a de plus haut, à savoir le Dieu de notre cœur.

 

Or, paradoxalement, l'illumination n’est pas liée à la notion d’élévation ; elle révèle au contraire ce qui est commun à toute manifestation tangible ou intangible, commune ou élevée.

 

Vous noterez d’ailleurs que chaque religion parle d'élévation vers le divin, vers la forme la plus sublime qui puisse exister, Dieu, mais parle aussi de recherche de la nature ultime de la réalité, nous invitant à tourner sans cesse notre regard vers l'intérieur de nous-mêmes pour trouver cet absolu.

 

En fait ces deux démarches sont complémentaires : se purifier, s'élever encore et encore dans l’amour des autres, favorise l'illumination. Et, par ailleurs, l'illumination, en nous apportant la sérénité, ouvre une voie pour mieux approcher le Dieu de notre cœur.

 

L’autre paradoxe est que ce qui est révélé à l’illuminé était déjà en lui de toute éternité. Une part de lui savait, mais il n’en avait pas conscience. Cela se révèle, simplement comme un niveau de zoom, de focale, auquel nous n'avions jamais prêté attention, sur lequel nous ne nous étions jamais arrêtés, mais qui a toujours été là. Mais alors, quand cela se produit-il ? Tout simplement quand le disciple est prêt à le supporter.

 

Pourquoi serait-ce insupportable ? Parce que l’illumination induit la dissolution d’un « moi » séparé, bien distinct de celui des autres. Le moi doit donc être assez fort, assez structuré, évolué, sage pour être capable de s’effacer à jamais devant l’unité de toutes choses.

 

Il faudra supporter en profondeur que moi c’est les autres, et les autres sont moi. C'est pourquoi l'attention aux autres, l'altruisme, le goût pour l'entraide et le service, et d'une façon générale, le développement des vertus de l’âme nous préparent à cette illumination. Et c’est pourquoi les enseignements insistent tant sur l’importance de ces vertus, de pensées justes, de paroles justes et d’actions justes, c’est-à-dire justes vis-à-vis de tous.


Comme disent certains textes bouddhistes, ce travail nous amène petit à petit au carrefour où l'illumination à des chances de se produire.


On va vouloir le bonheur de nos proches, puis de nos moins proches, puis de tout inconnu, de toute l'humanité, de toute vie, de toute forme de conscience, et alors l'universalité de notre nature peut enfin se révéler. Ce n'est d'ailleurs pas dû au fait de vouloir le bonheur de l'autre mais plutôt au fait de prendre son point de vue, de se mettre à sa place, littéralement d'être l'autre, que ce soit un homme mauvais, une vilaine araignée ou encore un cauchemar récurrent.


Le sentiment d'être une individualité séparée s'efface donc, au profit du sentiment d'être la conscience universelle, animant une forme particulière, ce corps, cette incarnation, cette âme. Plus précisément, une certitude enfouie se fait jour : il n'y a au fond qu'une conscience dans tout l'univers visible et invisible. Et notre conscience, que l'on percevait jusqu’alors comme individuelle, n'est que cette conscience universelle filtrée par notre forme individuelle.

 

Et l’on réalise que tout possède la conscience. Elle est la même dans le minéral, le végétal, l'animal ou l'humain. Seul y diffère son moyen d'expression. Par exemple on dit souvent que ce n’est que dans l'humain que la conscience est consciente d'elle-même.

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De nombreuses traditions s’appuient sur une trinité fondamentale. Trois grandes forces, une trinité de forces. Pour ma part, je me reconnais dans la suivante, grand classique pour certains : la Lumière, la Vie et l’Amour.

 

Et donc trois types fondamentaux de formes de conscience :

·       Celles de la Lumière, telles que les pensées, mais aussi la matière.

·       Celles de la Vie, les cellules, les êtres vivants, la Force Vitale.

·       Et enfin celles de l’Amour, les sentiments, les âmes, l’Âme universelle.

 

Avec l’idée que l’être humain combine ces trois forces.

 

De la même façon, à mon sens, l'illumination est triple :

·       Au plan de la lumière, la sensation que tout peut être compris, tout peut être lumineux pour l'esprit. Dans cet veine, illumination veut dire compréhension. 

·       Au plan de la vie, la sensation que la Vie, avec un V majuscule, est illimitée, éternelle, et que nous sommes cette Vie éternelle, au-delà de toute forme transitoire.

·       Au plan de l'amour, c'est la cessation du besoin d'aimer et d'être aimé, remplacés par la plénitude d'où l'amour coule tout naturellement. Notre compassion pour toute forme de conscience peut désormais être totale.


La notion de temps, synonyme de changement, s'efface, au profit de l'éternel instant présent d’une conscience profonde totalement stable.


La notion d'espace, synonyme de dualité, s'efface au profit de l'unité fondamentale des choses.

 

La notion de causalité, synonyme de dépendance, s’efface, car la conscience universelle n’est pas soumise aux causes et aux effets. Elle-même n’est l’effet d’aucune cause. Elle existe par elle-même.

 

La notion de mesure s’efface, car la pure conscience n’est pas mesurable. Elle n’a pas de contraire.

 

L'illumination peut donc être vue comme la fusion de la conscience humaine ordinaire avec la conscience universelle. Cette fusion des consciences est ce que certains mystiques appellent Les Noces Chymiques. Elle constitue pour l’illuminé un acquis définitif. Il ne pourra plus jamais oublier que sa conscience est en fait la seule et unique réalité stable de l’univers tout entier.

 

Dès lors, tout événement intérieur ou extérieur, perçu comme une simple manifestation de cette conscience, ne saurait troubler notre sérénité. C’est ce que ces mêmes mystiques appellent la Paix Profonde.

On ne vit plus d’espoir et de crainte, mais simplement de l’instant présent et de son festival permanent de nouveautés. Et quelle que soit même l’horreur d’une situation du moment, où les flots de notre conscience objective sont déchaînés, la paix demeure dans les profondeurs, inconditionnelle.

Plus rien n’a fondamentalement autorité sur vous que votre conscience, perçue comme universelle et bienveillante.

Enfin, que se passe-t-il après l’illumination, pourquoi dit-on que c'est le but ultime de toute quête ? En fait c’est la fin de la quête mais pas la fin de l'évolution. La différence est simplement que celle-ci se fait désormais d'elle-même, sans recherche, sans doute. Cela signifie que celui qui a atteint l'illumination n'est pas pour autant devenu un Maître spirituel. Simplement il est désormais uni à la Conscience universelle, et donc la question de son devenir ne se pose plus, l’évolution de nos formes transitoires se faisant désormais en pleine harmonie avec la conscience universelle.

 

Et puis n’oublions pas qu’il est dit de Dieu, c’est-à-dire de la Conscience absolue, qu’Il évolue Lui-même, continument et perpétuellement, dans le cadre même de la Perfection de sa propre nature. En particulier, Dieu, Conscience absolue, évolue au fur et à mesure qu’évolue la conscience que se fait de Lui chaque mystique, et même chaque être humain, et finalement l’humanité dans son ensemble. Nous pouvons en déduire que la Perfection ne met pas fin à l’évolution, même à celle d’un Maître spirituel. A fortiori, l’illumination d’un être humain comme vous et moi ne mettra pas fin à sa propre évolution.

 

En somme l'illumination marque la fin de toute quête non pas parce que tout a été trouvé, reçu, intégré, mais parce que la notion de quête, d'incomplétude, a perdu son sens, l’alignement avec le divin en soi étant désormais total et permanent.

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Mais, cher lecteur, si l’illumination n’est pas une fin, si la Perfection n’est pas une fin, si l’évolution elle-même n’a pas de fin, quel est le but de l’Univers ? Quel est le sens de la Vie, avec un V majuscule ?

Il semblerait que la Conscience absolue joue. Comme un enfant innocent, elle joue. Elle joue à s'oublier elle-même dans les formes les plus diverses et à se retrouver par l'évolution de ces formes. Des formes toujours plus belles, plus raffinées, plus abouties.


Parallèlement, une hiérarchie apparaît, où les formes les plus évoluées vont aider les moins évoluées à cheminer vers l’illumination. D'innombrables formes peuplent l'univers visible et invisible, des formes de matière, des êtres unicellulaires, les règnes végétal, animal et humain, sans compter les très nombreuses formes qui peuplent l'invisible, notamment l'astral, à commencer par les âmes, les défunts, mais aussi les êtres angéliques. Toutes ces formes sont des manifestations de la conscience absolue qui est l’unique réalité stable.

Toutes ces formes sont destinées à l'illumination. Et il y a une tension continue de l'ensemble des formes vers cette illumination, avec une logique de réincarnation ou de recommencement, et de ce fait une pression constante, une peur d'échouer, d'où, pour ce qui concernent les humains, la plupart des défauts tels que l'orgueil, l'égoïsme, l'inconstance, l’intolérance etc. …

 

Or toutes les formes, l’arbre, le dauphin, l'ange rêvent, chacune à sa manière, que le monde environnant se préoccupe enfin d'entraide, d’amour, de donner et de recevoir.


L'humanité a un rôle crucial dans cette épopée, par sa capacité à comprendre les choses. Et les spiritualistes jouent un rôle particulier au sein de l'humanité, pour l'aider à avancer vers sa propre destinée.

 

Pour conclure, citons ces quelques mots d’un poète anonyme :

 

Le bonheur est simple

Il suffit de voir

La fleur et la fourmi

Sont notre conscience

 

 

En définitive, l'illumination est bien pointée par la célèbre formule Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux à laquelle nous pourrions ajouter :

car ta vraie nature EST l'univers et les dieux.


 

Idées-forces

 

L'illumination n’est pas liée à la notion d’élévation ; elle révèle au contraire ce qui est commun à toute manifestation tangible ou intangible, commune ou élevée.

 

Ce qui est révélé à l’illuminé était déjà en lui de toute éternité. Une part de lui savait, mais il n’en avait pas conscience.

 

Le disciple est prêt à supporter l’illumination quand son moi est assez fort, assez structuré, évolué, sage pour être capable de s’effacer à jamais devant l’unité de toutes choses.

 

L'attention aux autres, l'altruisme, le goût pour l'entraide et le service, et d'une façon générale, le développement des vertus de l’âme nous préparent à l’illumination.

 

Il n'y a qu'une conscience dans tout l'univers visible et invisible, à savoir la conscience universelle. Elle est la même dans le minéral, le végétal, l'animal ou l'humain. Seul y diffère son moyen d'expression.

 

L'illumination peut être vue comme la fusion de la conscience humaine ordinaire avec la conscience cosmique. Elle constitue pour l’illuminé un acquis définitif.

 

L’illuminé perçoit la conscience comme la seule et unique réalité stable de l’univers. Et plus rien d’autre n’a dès lors fondamentalement autorité sur lui.

 

L'illumination marque la fin de toute quête non pas parce que tout a été trouvé, reçu, intégré, mais parce que l’évolution se fait désormais en pleine harmonie avec la conscience universelle.

 

La conscience universelle joue à s'oublier elle-même dans les formes les plus diverses et à se retrouver par l'évolution de ces formes.

 

L'humanité a un rôle essentiel dans l’évolution par sa capacité à comprendre les choses. Et les rosicruciens ont un rôle particulier au sein de l'humanité, pour l'aider à avancer vers sa propre destinée.

 

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