Le Temps
de Raymond D.
adapté
par Pierre SIMON
août 2024
Quand Raymond m’a donné cet essai à lire, j’ai été
impressionné par la profondeur de sa pensée. Il le dit lui-même, écrire ce
texte l’a obligé à reconsidérer ce qui lui paraissait logique voire normal. Et,
au bout du compte, il a été très étonné de ce qu'il en a résulté.
Pour tenter de rendre davantage accessible cette pensée au plus grand nombre, j’ai proposé à Raymond d’y retravailler. En résumé, il s’agit d’un travail sur la matière, le temps, l'espace et l'âme. Travail qui a conduit Raymond à une vision surprenante du passé, du présent et du futur. Voici donc pour l’essentiel son écrit, retouché par mes soins dans sa forme.
§ §
Pour la plupart d’entre nous le temps est l'instant
vécu. Le passé n'est plus qu'un souvenir, une mémoire, et l'avenir simplement
une possibilité, une probabilité. Nous proposons en substance d’examiner
ce qui pourrait contredire ces idées.
Au cours de votre vie peut-être avez-vous rencontré d’authentiques voyants ? Voyants vous ayant décrit précisément un avenir parfois lointain, avenir que vous avez ensuite effectivement vu se réaliser ? Une telle expérience vous laisse sûrement penser que le futur existerait vraiment.
Par ailleurs, vous avez peut-être déjà ressenti que ce
que vous étiez en train de faire, vous l'aviez déjà fait ? De même
avez-vous peut-être déjà ressenti que le lieu où vous trouviez, a priori pour
la première fois, vous le connaissiez déjà ? Comme si vous le
revisitiez ?
Sensations troublantes, difficile à décrire.
Impression de percevoir deux choses en même temps, à la fois identiques et
différentes. De telles expériences vous laissent probablement penser que le
passé existe vraiment.
Quelles conclusions peut-on tirer ? Le temps
s'étend-t-il effectivement dans le passé et dans l'avenir ?
Si l'avenir existe, notre présent - de son point de
vue - est passé. Alors, en toute logique, notre passé à nous
n'est pas qu'un souvenir. Il existe vraiment ! Le passé, le présent et le
futur ont une réalité : tous les trois sont le présent. Mais si le présent est
partout, pourquoi percevons-nous alors le temps ?
Tâchons donc de trouver ce qui nous donne la
perception du temps. Quand nous regardons dans un miroir, que
voyons-nous ? Quelques cheveux blancs ? Des rides au coin des yeux
que nous n'avions pas quelques mois auparavant ?
Que s'est-il passé ?
Des cellules se sont dégradées, des atomes ont bougé.
Ce que nous percevons, c'est le mouvement. Le temps ne serait que la perception
du mouvement. Mais pour percevoir le mouvement, ne faut-il pas être soi-même un
point fixe par rapport à lui ?
Si tout ce qui vient d'être dit est juste, cela a déjà de nombreuses implications. Avant d'aller plus loin, il nous faut déterminer qui est celui en nous qui perçoit. Selon moi, c'est l'âme. C’est notre âme qui perçoit.
Prenons une image. Imaginez votre âme sur un bateau au
beau milieu de la mer. Il navigue dans une houle régulière et bien formée.
Supposons que cette houle représente le temps. Et que
votre âme ne peut regarder que sur le côté. Elle voit simplement le niveau de
l'eau monter et descendre. Elle a juste la perception du temps présent.
Si elle pouvait regarder vers l’arrière, elle verrait
la vague s'éloigner. Elle verrait le passé. Mais comme elle ne peut pas tourner
la tête, elle n'en a qu'un souvenir.
Et si elle pouvait regarder vers l’avant, elle verrait
la vague arriver vers elle. Elle verrait l’avenir. Mais comme elle ne peut
toujours pas tourner la tête, pour elle ce n'est qu'une probabilité.
Imaginons à présent le bateau avançant exactement à la
même vitesse que la houle. Que voit l’âme sur le côté ? Des vagues fixes,
immobiles, ne bougeant pas. Si elle pouvait voir vers l’avant et vers
l’arrière, tout lui paraîtrait figé. Elle n'aurait aucune conscience du
mouvement. Pour elle le temps n'existerait pas. Ceci semble vouloir dire que
notre âme n'est pas en mouvement et que c’est le mouvement de la matière qui
nous donne la perception du temps.
Alors
pourquoi cette perception du temps n'est-elle que partielle ?
On peut
penser que l'âme n'a pas encore suffisamment évolué depuis sa plongée dans la
matière. Elle ne perçoit encore qu'une
partie de la réalité. Plus précisément, selon son évolution, elle perçoit une
partie plus ou moins étendue du « mouvement-temps ».
Mais en
quoi consiste la différence entre mon âme du passé, celle de mon présent, ou
encore de mon futur ? Elle doit être plus évoluée dans le futur que dans
le présent. Plus évoluée dans le présent que le passé, et ainsi de suite tout
au long du « mouvement-temps », lequel est peut-être infini. Enfin, si tout
n'est que présent pour l'âme, la mémoire existe-t-elle ? Gardons cette question
pour un prochain essai.
Nous pourrions penser que l'évolution de l'âme
incarnée avance vers le futur, mais il faut garder à l’esprit que le passé et
le futur sont le présent. Cela signifie que mon présent doit devenir mon futur.
De même, mon passé doit devenir mon présent. Cela implique que l'évolution de
l'âme incarnée n'est pas ascendante mais descendante ! De son
« futur » vers son « passé ». Nous y reviendrons.
Car il y a une condition que nous n'avons pas encore
évoquée : l’espace. C'est l'espace qui permet au
« mouvement-temps » de s'exprimer.
L'image de la houle, vue plus haut, peut être
trompeuse. Elle suggère un déplacement dans une seule direction, mais le «
mouvement-temps » se déploie dans toutes les directions.
Cela signifie que pour percevoir le « mouvement-temps
», l'âme est nécessairement partout. En conséquence l'âme est infinie, sans
mouvement, ce qui lui permet de percevoir le « mouvement-temps », où qu'il
se trouve.
Dire que l'évolution est descendante peut être
troublant voire déstabilisant. Selon moi, le présent est déjà réalisé, et n'est
pas encore réalisé.
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Pour
expliquer cela, prenons une autre image : celle de l’Ouroboros.
Traditionnellement d'un serpent se mordant la queue, ce qui à terme devrait
le faire disparaître. Pour moi ce n'est pas un serpent qui se mord la queue,
mais un serpent qui sort de sa propre bouche. Vu ainsi, c'est l’autocréation
infinie ! |
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Même si
ce n'est pas tout à fait juste, disons que le serpent possède une tête, un cou,
un corps et une queue, et que l'ensemble représente l'âme sur son chemin
d’évolution. La tête représentant son aboutissement, l'Oméga.
Supposons
maintenant que nous sommes situés au niveau du corps du serpent. Pour
progresser le corps doit devenir le cou, ce qui pourrait donner l'impression
d'avancer. Mais pour avancer il faut que la queue devienne le corps …
Sur notre
chemin, devant nous, il y a nous. Derrière nous il y a également nous. Il me
semble que notre travail est de faire grandir celui qui est derrière nous. Et
le travail de celui qui est devant nous est de nous faire grandir. Mais nous ne
pouvons pas faire grandir celui qui est devant nous.
Mais qui
nous connaît le mieux si ce n'est nous ? On dit que le Maître apparaît
quand l'élève est prêt. À mon sens, nous sommes à la fois le Maître et l'élève.
Nous sommes l'élève du Maître, et le Maître de l'élève.
Revenons à l’idée que l'évolution est descendante, de
son « futur » vers son « passé ». Pour étayer cela, comment démontrer que notre
passé peut être modifié ?
Prenons l'exemple des guérisons miraculeuses dans les
lieux saints, ou celui des guérisons inexpliquées dans les hôpitaux. La
personne se trouve guérie à une vitesse apparemment contraire aux lois de la
biologie. Que se passe-t-il donc ?
Chez des organismes simples, même si une guérison peut sembler rapide, elle prend au moins quelques jours. Or, pour un être humain - créature beaucoup plus complexe - une guérison miraculeuse peut sembler instantanée. Ce qui ne devrait pas pouvoir se produire, car allant manifestement à l'encontre des lois de la nature. Lesquelles lois ne peuvent a priori pas être modifiées (si ce n’est peut-être par le Créateur).
Je ne trouve qu'une explication à cela : la cause du handicap de
cette personne - maladie ou accident - est évitée au moment même où elle a
commencé à agir. Ce qui produira une guérison « miraculeuse » bien
plus tard. La guérison vient donc de la modification du passé de la personne
visée. Cette capacité à modifier le passé d’une personne donnée ‒ voire
de soi-même ‒ n’est pas évidemment donnée à tout le monde. Elle suppose
une maîtrise particulière des lois naturelles. Qui a pu aller jusqu’à ce que certains
soient ainsi ressuscités …
Mais pourquoi avons-nous du mal à penser de cette
manière ?
Sans doute est-ce dû à notre éducation. à la culture qui nous pousse à réagir d'une certaine manière. Culture qui nous amène à penser plus par réflexe que par réflexion. Culture qui limite notre champ de compréhension. Mais qui en même temps nous donne des appuis - même s'ils ne sont pas toujours justes - et nous protège ainsi de la folie. Si nous arrivions à passer outre sans sombrer, nous pourrions certainement voir les choses avec moins de limitations.
Pour
approfondir cette idée, prenons à nouveau une image : celle d’une pièce de
monnaie. Imaginons que son épaisseur représente le présent. Que le côté pile
représente le passé et le côté face le futur. Si l'on retire à la fois le côté
pile et le côté face, que reste-t-il de la pièce ? Il n’en reste rien.
De même,
la connexion du passé avec le futur crée le présent. Comme l’énonce la loi du
triangle, deux causes complémentaires en forment une troisième. Le
passé et le futur sont interconnectés tout le long du chemin, en conséquence de
quoi le présent est partout !
Nos
perceptions nous permettent de voir simultanément le passé et le futur, d’où la
perception du présent. Tout comme nos deux yeux, en captant chacun une image
sans relief, avec un angle différent (passé et futur), nous permettent de voir
la même image en relief (le présent).
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§ §
Ce qui
précède ne permet-il pas d’appréhender les acquis du passé sous un autre angle,
un autre éclairage ?
Pensons à
Lucifer, le porteur de lumière. Son chemin n’est-il pas de descendre ?
Pensons à
la Colombe, représentation de l'Esprit Saint. Son chemin n’est-il pas également
de descendre ?
Pensons
au karma. Le karma n'est plus ce que l'on n’a pas fait et qui devra être fait.
Le karma est ce qui sera enfin fait au moment où cela aurait dû être fait.
Pensons
aux archives akashiques. Elles ne sont pas une mémoire de ce qui a été fait,
mais une réalité, un présent de ce qui est fait.
La
réincarnation n'est plus le passé qui vient dans le présent pour aller vers le
futur. Il n'y a pas de déplacement, tout se passe dans le présent.
Et le libre arbitre ? Nous pourrions penser qu'il n’existe pas puisque tout est déjà fait ! Personnellement je crois que le libre arbitre existe bien. Que l’on peut ne pas faire ce qui est déjà fait. Ou à l’inverse faire mieux que ce qui est déjà fait. Ce qui implique encore une fois que la chronologie n'est absolument pas ce que l'on croit !
Nous avons tous - au cours de l’une ou l’autre de nos nombreuses vies - forcément commis des injustices et lésé des innocents. Si le passé n'avait pas d'existence, ces souffrances, ces crimes, seraient à tout jamais irréparables.
Existe-t-il quelque chose de plus injuste que
cela ?
Mais si le passé est un présent, nous pouvons le
rendre meilleur. L’injustice peut être évitée, le lésé épargné. Le criminel
peut devenir innocent.
Tout cela ne change pas notre vie quotidienne, mais sa
compréhension. Cela change notre point de vue. A l’instar du soleil qui
autrefois tournait autour de nous. Désormais c'est nous qui tournons autour de
lui.
Raymond
Membre de la loge Jeanne Guesdon de Paris
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