Pierre SIMON

 

La lumière

 

En douze textes et un épilogue

écrits entre 2001 et 2004


 

I - Soit une grande forêt

 

Soit une grande forêt. Au cœur de cette forêt, un arbre, il est le cœur de cette forêt. Il est pur, il est éternel, il est discret.

Imaginons que chacun de nous procède de cet arbre, en soit issu. Puis que chacun de nous s’égaye dans la nature, dans la forêt. Au fur et à mesure, ta rencontre avec des clairières, des animaux, des fruits. Des groupes de plus en plus petits se forment.

 

Finalement, chacun dans son jardin à lui, et fait son nid. Il vit, il rencontre les autres, ils ont oublié leur passé commun. Plein d’enfants, au sein desquels une part d’eux même se prolonge.

À force de se frotter à la nature rugueuse, à une vie chaque jour différente, tout va mal. Cela devient difficile à comprendre. Les autres sont pénibles, insupportables, à claquer ! En plus il ne fait pas beau.

 

Un jour, l’un se souvient confusément de l’arbre des origines. Une nostalgie des tripes le prend. En dépit de tout sens, tant de temps ayant passé, il imagine l’arbre. Délire où l’arbre l’appelle.

Il fouille plus au fond que sa mémoire, il martyrise ses rêves, tu t’inventes des bribes de souvenirs, un chemin à suivre, des indices, première, seconde, troisième.

 

Et puis déconvenues toujours, découragements sans fonds, on oublie tout. Et ça revient ...

Un jour, au détour du chemin, l’arbre.

En fait, on ne s’est jamais quitté.

L’un s’aperçoit même qu’il n’a rien traversé du tout, il est toujours dans son jardin, parmi les siens.

 

L'histoire n’est pas finie : dans une réunion comme il y en a tant et tant dans notre forêt, malgré lui, sûrement, « l’arbre mythique » il dit.

 

Dis-moi comment le trouver, donne-nous une explication rationnelle. Saint Anne, Charenton !

Comme dit Dominique, je suis peut-être un peu fatigant !

Mais quel chemin ? l’arbre au centre, chacun dans son jardin : chacun son chemin, et encore, peut-être ?!

Cela dit, il y en a pour aimer ça.

 

Au fait, le premier arrivé fait « oh oh, oh oh, oh oh » pour guider les autres.

D'accord ?

 

PS : l’arbre dort quand il n’a vraiment rien d’autre à faire.

PS2 : pour décrire Dieu, encore faudrait-il qu’il s’arrête 5’ de bouger.

PS3 : je souhaite suivre le soleil : habiter l’hiver à Vera Cruz, l’été au Groenland, et entre temps je ne sais pas.

 


II - Les plantes parlent

 

Les plantes disent que l'Humanité est punie. Et certaines d'entre elles nous appliquent la punition !

 

v Motif ?

v Intérêt ?

v Privés de quel dessert ?

v Et après ?

 

Fermées nos oreilles, à l'appel des oiseaux au Soleil, avant l'aube, pour qu'Il daigne émerger ; À leurs blagues continuelles, ils pérorent, elles titillent.

Nous sommes poussés à fuir : être quelqu'un, faire quelque chose. Et surtout, quelle solitude. Culpabilité enfouie…

Mais quel bonheur de retrouver les siens, les nôtres. Bienvenue au club !

 

Le motif, Je crois le connaître depuis longtemps déjà : l'Humanité, création des plantes, sous les auspices des grands arbres, à pour mission UNIQUE d'aider les plantes à prendre conscience d'elles même, de la Terre, de la Création. Savons-nous seulement que nous participons à la Création ? Le médecin s'est perdu aux jeux de ses patients !

 

Tant de patientes n'en peuvent plus. Si longtemps sans écho.

Entre la Nuit, où tout s'échange, et le Jour, où tout se voit, nous avons inventé l'Ombre, terre des méfaits. Pour sûr, c'est un chemin de plante, mais à nous de l'éclairer.

 

Chaque bout de caractère, part de l'un de nous, est le propre d'une plante donnée.

Jour après jour, captant un caractère précis en soi,

 

v Lui faire délicatement comprendre qu'elle est plante,

v Attachée à la trame de l'Histoire,

v Découvrir avec elle comme son caractère de nuit contredit son caractère de jour,

v Pour la confier finalement aux guides présents, chœurs d'enseignement.

 

NB : texte de grande randonnée : chacun son chemin d'une balise à l'autre.

NB2 : tout écrit est du passé.

III – Alchimie végétale
Repos et préparation au sommeil

 

1.     Allongez-vous confortablement, bien étalé, fermez les yeux.

2.     Imaginez, à chacune de vos pensées, qu'elle est utilisée par les arbres pour créer un nouveau surgeon, depuis un nouvel endroit du corps. De nouvelles racines s'enfoncent, ancrant le corps solidement en pleine terre et une nouvelle tige s'élève, poussant le corps vers le bas. Le corps devient comme arrimé à la terre, incapable de mouvement.

3.     Observez intérieurement les lieux de votre corps qui expriment votre fatigue, par exemple les valises sous vos yeux : chaque sensation qui s'y trouve est un rendez-vous que vous avez pris, pour résoudre, dans le sommeil, une question, une contrariété, une joie ou une douleur qui s'est présentée aujourd'hui ou bien il y a longtemps. À chaque rendez-vous son lieu de rendez-vous, au sein de la forêt créée par les arbres dans tout votre corps. Pour chacun, allez au rendez-vous, et voyez la question, la contrariété, la joie ou la douleur s'éclairer, s'animer puis se fondre simplement en présence des arbres.

4.     Respirez. Au rythme de la respiration, vent de la forêt, promenez-vous doucement au sein de votre corps, pour vérifier que chaque muscle, chaque organe, a reçu son surgeon. Faites couler des ruisseaux intérieurs - de l'eau vive - depuis la tête, les yeux, vers le bas-ventre, puis les pieds et les mains. Sentez les vibrations des myriades d'iris au feu du soleil, yeux invisibles présents en chaque pétale, en chaque feuille.


Observez les rendez-vous... Parfois, une blessure secrète se révèle, accueillez-la. Parfois, un trésor secret se révèle, accueille-le. Le repos suivra.

 

5.     Si vous souhaitez bouger, voire vous lever, demandez aux arbres de vous libérer.

 

6.     Les fois où cela résiste à la méthode, vous pouvez simplement vous la raconter intérieurement, et l'imaginer s'appliquer à vous ou à l'un ou l'une de vos proches.


 

IV - Trois prodiges

 

Au titre du premier prodige, la lumière et la matière sont. Elles nous donnent une magnifique planète, sous un soleil rayonnant.

 

Au titre du second prodige - la vie - des poussières ballottées par l'océan s'assemblent, s'animent. Au sec, ces poussières, aspirées par l'eau qui s'évapore, donnent une forme végétale à ce mouvement. Les plantes s'épanouissent, les animaux s'en délectent.

Diversification généralisée : autant d'essences, autant de caractères, ingrédients de toutes les créations et de tous les conflits. À côté de l’individualisme, viennent les services mutuels, les alliances, jusqu'aux civilisations végétales les plus raffinées. La nécessité des lois spirituelles s'affirme - altruisme, justice, humilité… - portées par des entités éthérées de plus en plus adaptées à l'expression de ces lois, jusqu'au pur Esprit. Sa bonté et Sa connaissance, ultimes synthèses de tous les collectifs, Lui ouvrent tous les chemins, toutes les énergies.

 

Reste à porter la bonne nouvelle à toutes les plantes, à tous les êtres qui souffrent au jour le jour dans leur solitude. Comme le soleil rayonne de ce qu'il a capté, le Collectif doit transmettre. Il doit compatir avec chaque plante, être elle, et faire luire en elle la lumière de la connaissance, de l'amour et de la confiance. Pour cela, Il lui faut des messagers. C'est là le troisième prodige : l'incarnation.

L'incarnation permet à une âme, émanation du Collectif, d'habiter la conscience du plus doué des animaux jardiniers. Mais ce médecin, au chevet de tant de différences souvent rebelles, est vite débordé. Il ne sait pas réagir, par exemple, face aux plantes se sentant obligées de s’isoler socialement pour aider autour d’elles. Cet isolement, dommage en soi, peut être aussi source de mélancolie ou d’angoisse.

De vie en vie, les messagers progressent. Peut-être que chacun de nous, le moment venu, va trouver en lui le messager, et se souvenir de son désir initial de donner. Alors chacun de nous verra des plantes à [a source de ses pensées et de ses émotions, et le messager saura échanger avec ces plantes.

 

Nous recevrons l’inspiration à l'école des parfums.

 

NB : un tel livre ne se livre pas en une fois. Respirez l'étrange jusqu’à l'évidence.

 

« L’esprit cherche, mais c'est le cœur qui trouve. »  Georges Sand.

V - Un jardinier

 

Depuis la nuit des temps, confusément, inconsciemment pour nombre d’entre elles, les plantes demandent un jardinier. Ainsi l’homme serait apparu, investi de cette noble tâche par le Collectif.

 

Encore cette tâche doit-elle être explicitée, comprise, reconnue, par l’homme et par les plantes. En attendant, elles poussent l’évolution, appel sexuel incessant pour des rencontres inédites, pour des enfants porteurs d’un espoir nouveau, pour qu’un jour enfin nous nous tournions pleinement vers elles, emplis d’amour et de compassion. Et chacun de nous porte sûrement dans sa chair et dans son esprit, par son identité propre, un enjeu vital et unique au regard des plantes.

 

Souffrez-vous parfois d’un sentiment de désorganisation, d’injustice, d’incohérence, de contradiction ? Peut-être souffle derrière ce sentiment l’expression de plantes inextricablement emmêlées dans leur conflit de voisinage.

Elles appellent la paix

Voyez chaque situation tendue - familiale, professionnelle, politique, religieuse - comme la mise en scène d’un psychodrame réel, peut-être d’une multitude de psychodrames similaires qui se sont répétés à travers les âges, au fin fond d’une forêt ou au milieu d’une plaine, entre végétaux.

Ils appellent la paix

 

Les plantes sont sensibles et expressives. Nous respirons leurs humeurs et les intégrons, les faisant nôtres sans le savoir. Quand vous vous dites de quelqu’un « je ne peux pas le (la) sentir », imaginez une plante, un arbre, qui lutte contre l’expression aérienne ou souterraine d’une autre.

Écoutez l’appel des plantes …

 

PS : Peut-être voudrons-nous un jour voir cette planète comme un temple, temple du Collectif. La paix ne se ressent-t-elle pas déjà comme une présence immanente au cœur de chaque jardin ?

 

NB : Merci d’approcher ces écrits comme l’œuvre d’un artiste qui se cherche. Je cherche un support pour partager mon émotion.

 

VI - Chère âme

 

Chère âme de toi qui lis, ce texte est pour toi. Puisses-tu te sentir accueillie, reconnue, et t’épanouir ici, dans ta conscience, ami lecteur. Tu es venue en ce corps vivant, sur cette terre, pour aider, pour donner et recueillir. Tu as perçu tous ces arbres, ces plantes qui appellent, et qui pourtant te voient souvent comme une rivale, et te réduisent collectivement au silence.

 

Ami lecteur, nous devons d’abord parler de ton corps, s’il te plaît. Ton corps est comme un arbre — feuillage et racines - retourné vers l’intérieur : tes poumons clairs échangent avec l’air vie et lumière, et de nombreuses essences végétales se reconnaissent dans les milliers de minuscules feuilles de tes poumons ; tes immenses intestins échangent vie, eau et matière avec les plantes et les animaux que tu absorbes, et de nombreuses essences végétales se sentent chez elles dans ce tapis de minuscules radicelles. Et toi, âme, la vibrionnante moëlle épinière semble être ton lieu d’accueil, d’où tu tâches d’échanger avec ces plantes, et de partager avec elles l’animation de ta conscience, ami lecteur.

 

De là, âme, tu participes en silence au concert des âmes, tes sœurs, incarnées ou non. Tu fais venir en ce corps leurs lumières, et tu leur remontes les états d’âme de tes plantes compagnes. De ces plantes, tu écoutes les effrois, et leur révèles la joie de communier. Évidemment, l’exploration de la sexualité, et de la violence destructrice passionnent tes relations avec les plantes. La première parce qu’elle est la clé de l’incarnation, via la procréation ; la seconde, arme de la régénération purificatrice, te privera finalement de cet hôte de chair, jusqu’au prochain.

 

Ami lecteur, tu es surtout toi, âme.

Souviens-toi de ton désir de donner, ce désir d’enfant où la planète serait une fête collective.

VII - Alchimie végétale

Retrouver un bonheur

 

1. Prenez, au calme, une posture d’arbre, bien assis en terre, tendu vers le ciel.

 

2. Faites résonner successivement, d’une syllabe forte, chantée puis intériorisée, chacun de vos sept champs d’émotion, du fondement à la fontanelle :

 

Ø Craindre - découvrir,

Ø Nier - sensualité,

Ø Mentir - projet,

Ø Priver - partager,

Ø Contredire - rire,

Ø Honte - attention,

Ø Désespoir - lumière.

 

3. Votre intention est maintenant de sensibiliser le Collectif aux situations appelant son aide, sa compassion, sa présence ; situations surgissant en votre conscience dans sa montée des racines au firmament : aide pour vous, pour les autres, pour une communauté, aux animaux, aux plantes. Me vient ainsi à cet instant le sentiment de certains d’être poussés à l’aveuglette. Profitez ici des ressources mises soudain à votre disposition par le Collectif pour vous permettre d’aider, d’éclairer, d’aimer. En particulier, permettez à chaque plante terrestre esseulée, parfois exclue, de retrouver ses sœurs célestes. Là est le bonheur perdu.

 

4. Passif, soyez maintenant absolument passif, vos sept champs d’émotion baignant dans la lumière irisée. Respirez doucement, vibrations et parfums ; inspiration : sève montante ; expiration : sève descendante.

 

5. Revenez parmi nous, sur terre, le cœur en fête ; remerciez et souhaitez du bonheur à tous.

 

Arriver à intégrer une pratique de ce tonneau à son rituel quotidien amène, j’en suis persuadé, à chacun sa grâce.

 

PS - Pour apprivoiser cette méthode :

Ø Peut-être commencez simplement par la lire chaque jour,

Ø Le moment venu, essayez de cerner vos champs d’émotion et leur terrain d’expression corporelle,

Ø Et surtout, avant tout, pratiquez à votre idée un extrait de votre choix. Pratiquez !

 

Repérez que vous êtes assaillis d’idées de plantes qui résistent.

Vous ne comprenez rien ? Essayez !

VIII - J'ai toujours cherché

 

J'ai toujours cherché. Avec ma chère Dominique, c’est depuis toujours « chacun sa chambre », pour gamberger tout mon soûl.

 

Issu d’une famille désunie, mais d’une grande liberté de pensée, j’en ai reçu le pire – une difficulté aiguë de relations aux autres – mais du coup le meilleur, la psychanalyse. Mon psy semblait marginalisé parmi ses confrères, pour son intérêt pour les signes de la transcendance.

Il m’est toujours apparu bienveillant, attentif et efficace. Il m’a appris à m’ouvrir, à recevoir, monsieur Grande Oreille. Il a répondu à mon désir de recherche, et surtout il a entrouvert la brèche spirituelle. Vous verrez, disait-il, cela va en s’élargissant ! Selon moi, ces médecins, par leur travail de terrain auprès de milliers de gens, font évoluer notre monde en profondeur.

Mon père, officier de marine, rendu amoureux du Cambodge par sa guerre d’Indochine, m'a sensibilisé au Yoga, encore un terrain pour le chercheur. D’où près de quinze années pour trouver la méditation : conscience dans l’instant des pensées et des émotions qui naissent, les observer cherchant à croître, se cognant à nos contradictions, s’enfouissant pour demeurer.

Même dans ma vie professionnelle, j’ai toujours cherché. Vers quarante ans, le chômage m’a forcé à définir les valeurs importantes à mes yeux, une bénédiction. Enfin mieux dans ma peau, j’ai tourné mes recherches vers la Création.

 

M'est revenu le souvenir de livrets entrevus au bord du lit d’un amour de jeunesse, Odile : des monographies d’une discrète école initiatique. Je faisais, outre l’intérêt du chercheur, le calcul suivant : « si un jour mes recherches donnent des résultats transmissibles, l’appartenance à une école mystique sera pour moi un point d’appui peut-être essentiel ». Cette institution, héritière de l’école des mystères de la Haute Égypte, vecteur, parmi d’autres, de la Tradition, qui porte le Tao Te King comme la Bible ; une fraternité de chercheurs, tolérante et authentique.

 

Ma recherche est une succession presque quotidienne de « découvertes », où je relie des idées souvent nouvelles et des sensations souvent anciennes, jusque-là pour moi éparses, comme les morceaux d’un puzzle. Et c’est ainsi qu’est surgie un jour l’hypothèse végétale : « Et si les composantes de notre personnalité étaient de nature végétale ? ». Cette hypothèse ne m'a plus quittée. Je crois que je vais m’y consacrer encore longtemps, et même si cela s’avérait du pur fantasme conceptuel, cela aura été une belle aventure. Plus récemment, s’est structurée l’idée du Collectif végétal, à la fois source et conséquence de l’évolution. Si c’est une nouvelle Voie, elle a un grand mérite : elle révèle des intermédiaires tangibles entre l’humain et le divin, les plantes.

 

Les textes de ce recueil ont deux objectifs. Premièrement, ma passion ne doit plus être un secret malgré moi. Même s’ils ne savent que penser de ces écrits insaisissables, mes proches se font ainsi une bonne idée de mes errances. Secondement, transmettre. Chacun est probablement unique pour son rapport expériences - croyances. Partant de là, chacun reçoit différemment des notions comme celles que j’avance, développe ses propres interprétations, et un livre à la fois cohérent et utile semble infaisable. Parmi des écrits courts, thématiques, étalés dans le temps de l’auteur, un lecteur saura peut-être trouver son propre chemin. Un seul lecteur enrichi, un jour, et toute la démarche sera légitimée.

 

IX - Il rassemble les étoiles et sépare les fleurs

 

Aujourd’hui, je prétends vous entraîner très loin, pour une interprétation au cœur du grand mystère.

 

Dans ce tableau, condensé de nombreux voyages imaginaires, chaque être doué de conscience − et d’abord un végétal − a, pour le cadre de ses amours, trois attentes essentielles :

 

o   Être soi,

o   Disposer d’une libre faculté de création,

o   Faire partie d’un Collectif équitable. |

 

Alors, on voit ces aspirations universelles et éternelles jeter les bases de tous les édifices spirituels. Elles dessinent après coup le visage du divin. Mais,

 

o   Comment chaque être d’une grise multitude peut-il être différent de tout autre ?

o   Où s’entassent les fruits multicolores de toutes ces créations ?

o   Un collectif peut-il être juste si le rouge d’une passion l’anime ?

 

Au centre du cénacle idéal des sages dirigeants, le vide. Le vide du pouvoir central, partagé par tous et donc dominé par aucun, manifeste l’équilibre des points de vue et donc garantit la justesse des décisions. Et chacun de nous, dans ce monde merveilleux, se tient à égale distance du vide. C’est bien lui le Collectif de tous. De ce vide-là, émane la lumière de la compassion.

La création pure naît du vide : tout y est possible, chacun peut l’investir de façon nouvelle. De ce vide-là, jaillit l’idée lumineuse.

Il n’est pas là par hasard, par oubli. Il est indispensable pour séparer les êtres par son immense frontière, qui les rend tous irrémédiablement différents. De ce vide-là, est sans doute issue l’âme de chacun.

 

Retraçons ses attributs : Il est omniscient, car susceptible de rapprocher tous les savoirs, omniprésent par nécessité, et enfin, omnipotent : quelle force en effet ne met pas en jeu le vide ? Et pourtant, il n’empêchera pas de nombreux méfaits ; mais, logiquement, ceux-ci devraient être mis en lumière, comme une leçon à apprendre, lors du retour au vide. Nous retrouvons là la puissante idée du karma. Observons ainsi un exemple de méfait commun, sombre sur le tableau : l’exploitation du faible par la honte sur lui. La honte, forme ultime de dépendance, de souci de son image. C’est un réflexe d’agressivité envers soi-même, préventif, motivé par des causes extérieures au lieu et à l’instant présent. La permanence ainsi créée permet aux forts de structurer le monde, mais à quel prix ?

 

Au contraire, animés de solidarité envers tout ce qui est, pourquoi ne pas essayer, avec l’aide toujours renouvelée de nos patients amis verts, d’approcher ensemble le vide, inspirateur de sérénité ? Nous rencontrerons peut-être, tournés vers nous, les êtres de lumière.

 

Vide d’attachements, vide de pulsions, vide d’ambitions, vide d’espoirs, vide d’humanité, vide de recherches, vide de foi, vides aussitôt disponibles pour le meilleur. Pensez à ce que représente le vide pour le végétal : une terre à meubler, une lumière à recevoir.

X - Bio

 

Pour nous minuscules, ce sont pourtant déjà des êtres infiniment complexes. Elles naissent, vivent et meurent, présences séparées de vide. Elles évacuent leurs déchets, s’alimentent, respirent, captent la lumière, et bien sûr, elles enfantent. En se reproduisant, elles transmettent fidèlement les livres qu’elles portent en leur cœur, bréviaires - semble-t-il - de nombre de leurs fonctions. Mais le plus beau est qu’elles les cellules savent se coordonner, entre milliards de cousines d’une même descendance, pour former toutes ensemble à leur tour un être vivant : autonome, prolifique, et évoluant au fil des générations. Et tous les êtres vivants de notre planète se ressemblent étonnamment, en tant que peuples de cellules individuellement fort proches. Au fait, dorment-elles, rêvent-elles ? J’imagine volontiers chez elles un état de rêve perpétuel.

 

Dans ce panorama, je crois voir la joie de la création, portée par une éthique collective exemplaire : nombre de cellules se spécialisent dans une fonction précise, parfois ingrate, conduisant s’il le faut au sacrifice de soi. Apparemment, toute cellule d’un végétal saurait retrouver le potentiel de sa grande aïeule, la cellule œuf initiale, pour former, par sa descendance, un frère vigoureux. Chez l’animal au contraire, la cellule initiale, issue du mariage d’un œuf et d’un spermatozoïde, se subdivise en deux puis en quatre. Trois sont déjà irréversiblement spécialisées, l’une pour former le squelette et les muscles, la seconde les organes digestifs et respiratoires, la troisième la peau, le cerveau et les nerfs. Notre quatrième, mère des cellules germinales, peut-être, par reproduction, potentiellement immortelle. Dans tous les cas, la cellule initiale a dans ses livres tout le programme. Elle sait donc bien ce que sa descendance deviendra à maturité. Je vous propose d’imaginer son rêve le plus cher ; nous en discuterons peut-être ensemble.

 

Mais toutes ces cellules, de tous ces êtres vivants, évoluent de concert. Dans ma vision imaginaire du monde, des plans collectifs, inconnus de nous, unissent les familles, et permettent communications, mémoire et projets. Les supports de ces plans, leur énergie, y sont avant tout prodigués par notre soleil et ses torrents de lumière, relayés par l’air et l’eau.

Chaque cellule en capte les émanations, et rayonne à son tour d’information vers Lui.

J'imagine la jubilation collective des cellules à engendrer des êtres supérieurs, excitation à rapprocher de nos passions d’amour. Et, assez logiquement, elles poussent l’évolution des créatures vers la connaissance, puis la conscience de soi, et enfin la découverte de leurs créateurs. Retour aux cellules, nos maîtres de vie, tel est, je suis sérieusement tenté de le croire, le sens de notre destinée première. Et cela me paraît dès aujourd’hui possible : tendre un miroir à tous les êtres, car tous sont cellules. N’est-ce pas, dans notre quotidien, l’attente de la prière : retrouver le chemin de la lumière ?

 

Dans l’histoire de notre planète, les cellules ont apparemment simultanément engendré deux grandes familles complémentaires pour leur projet intuitif : les plantes, introverties, tournées vers la recherche et la contemplation, et les animaux, extravertis, tournés vers l’expression et l’action. Les cellules correspondantes sont un peu différentes, ainsi l’animale est mobile, et la végétale non, mais elles peuvent se comparer. Les animaux m’apparaissent en créatures des plantes : leurs caractères proviennent, selon moi, essentiellement de mises en scène de personnalités végétales, jouées par leurs tissus. Ainsi, les cellules animales ont pris ce pli. Le règne animal est mené par le bout du nez. Et nous, fils et filles de femmes et d'hommes, nous retrouverons le fil de nos créateurs via les plantes, en découvrant avec elles nos correspondances cellulaires. Elles attendent peut-être de vous cette révélation.

 

XI - Bio mariera science et religion

 

Au fronton du temple sacré de Delphes était gravé : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux ». Je précise : connais tes cellules. Et oui, on m'a dit que « Bio » était indigeste, mais je dois insister, tant cette voie me semble royale au plan mystique. Elle désigne d’abord la conscience comme étant le principe universel de la vie, vainqueur de l’entropie.

 

Quelques théories pour poser le décor : Un être vivant serait d’abord une conscience collective, extension de la conscience de sa cellule œuf, reliée aux consciences spécialisées de ses tissus corporels. Un être cérébral serait de plus doté de cellules mentales, capables de monter des simulations du réel, de prévoir le possible, et de mémoriser des modèles de comportement. Le sommeil, supervisé par notre conscience profonde, est indispensable à notre harmonie. Il débranche régulièrement du reste du corps ce mental bouillonnant d’excitations.

Quel progrès intérieur, d’ailleurs, lorsque l’on cesse de s’identifier à ce tyran !

Le sommeil laisse aussi le champ libre pour la connexion des cellules à leur

Collectif suprême, selon moi de niveau planétaire, et dont de nombreuses fonctions d’intérêt général sont assurées par les végétaux. Les pouvoirs paranormaux résultent d’autorisations exceptionnelles d’utilisation des ressources du Collectif. L’âme de chacun de nous est sa permanence au sein de ce Collectif. Elle rejoint la cellule œuf lors de la conception ; les deux âmes des mariés s’effacent à son profit.

 

Un phénomène fondamental (vous fait-t-il aussi phosphorer ?) : l’évolution. Elle se fait loin du Collectif : pour créer, il faut s’isoler. L’isolement appelle la nouveauté. Ainsi, à la base de nombreux conflits nous pouvons selon moi détecter une ignorance mutuelle, approuvée initialement en haut lieu du Collectif, pour favoriser la création. Et retrouver en méditation une telle décision, voir les progrès et les souffrances induits, amène toujours une part de paix intérieure. Tant de fatigues sont des appels à la reconnaissance de ces séparations oubliées, et tant de désirs expriment le besoin de réconciliation. Et pourtant, à tous les niveaux, la création n’est-elle pas primordiale ? Idéalement, la joie de la création et la joie du partage alterneraient sans résistance

 

Et nous voilà où je voulais vous amener. La science ne saurait tout démontrer : pourrait-t-on reproduire scientifiquement une ambiance, une humeur, une exaltation ? Doit-t-on ignorer leurs effets pour autant ? En acceptant cette ouverture, la Biologie pourrait chercher à formuler une représentation du monde en accord avec nos sensations les plus fines. Dans cet esprit, elle nous montrera peut-être un jour le génie des cellules, et elle énoncera les lois du Collectif. Elle révélera ainsi un Dieu en devenir, imparfait, limité, mais réel. Et elle saura enseigner à chacun de nous comment mobiliser en conscience ses énergies au service des forces collectives de la vie.


 

XII - La nature cherche

 

Et nous voilà, en ce douzième texte, à un éclairage de synthèse de l’ensemble.

Imaginez les grands arbres, sommets de l’évolution végétale, à même de favoriser des comportements porteurs d’harmonie au sein des entrelacs végétaux. Soudain, au contact du vide éternel, une lueur : les grands singes pourraient inventer un langage créatif. Décrire l’harmonie, c’est déjà un grand pas vers elle !

Avant cela, un bref retour aux origines. Toute cellule garde trace, chimique, des moindres faits de l’histoire de sa vie, et réagit du coup de façon évolutive. Ce principe fondamental de mémoire va, selon moi, porter tous les exploits du vivant : l’évolution des espèces, la défense immunitaire, l’apprentissage quotidien, la méditation. Et pour tous, la conscience, si on la définit comme la permanence de la perception de ses propres processus.

Un langage créatif est, je crois, un outil pour s’inventer de nouvelles perceptions, les reproduire et les transmettre. Outil évolutif, au potentiel immense.

Une vraie révolution pour une nature où les perceptions s’échangent à tous les niveaux du vivant : cellules, organes, animaux et végétaux, et leurs collectifs jusqu’à notre planète elle-même. Le langage commun est la joie d’être.

Commun = amour.

§

Nous le savons bien, l’acte créateur suppose l’isolement. Pour bâtir un langage créatif, une séparation complète, brutale, s’impose. Pour un tel enjeu, l'harmonie, les arbres assument, entrant même en compétition pour pousser, exciter, leurs poulains respectifs, favorisant ainsi la diversité des essais.

Discontinuité au sein de l’évolution : l'Homme est là !

La séparation pour développer le mental, il l’a finalement suprêmement installée en dotant ses dieux du Verbe Créateur, source universelle ! Le langage créatif investit toutes ses activités, et le sentiment de toute puissance domine. Selon moi, notre enfant, fœtus, procède déjà, sous notre influence, à la séparation, à l’exclusion, via l’individualité. Et le mental se construit via de nombreuses intelligences de notre corps, de l’anus aux sourcils, et, bien sûr, le cerveau.

La source de nos idées est incarnée.

§

 

Mais peut-être vivons-nous une vérité périmée ! Les arbres nous le suggèrent, l'outil recherché est maintenant prêt. Il est temps de verser la géniale trouvaille au pot commun. La valeur “partage” dépasse à nouveau, y compris pour nous, la valeur ‘création’. En nous retrouvant au présent, la nature peut reprendre ses droits. Nous pouvons nous rejoindre dans les frissons de la transcendance.

 

Que l’harmonie des jardins règne sur la terre et en chaque être !


 

Épilogue

 

Joëlle allait de surprise en surprise ! En premier lieu, elle aurait pensé trouver des indications fléchées, ensuite, elle espérait un minimum d’organisation.

 

La jolie jeune femme la trentaine, l’allure alerte et déterminée se tint à l’écart un moment.

Son visage délicat dégageait une impression d’intelligence et de curiosité mêlées. Cette satanée curiosité, d’ailleurs, qui l’avait amenée jusque-là. Un entrefilet dans la presse, et, le dimanche suivant, la voilà au Parc de Sceaux, à la recherche du lieu cité « le bassin rond, coté est, sous les platanes centenaires ». Là, tous les jours ou presque disait l’article, le même scénario se répétait…

 

En effet, elle trouva les platanes et vit un groupe de gens, désordonné, dispersé sous les frondaisons d’un immense arbre. Parmi eux, sur une simple natte posée là, sur les feuilles de cet automne avancé, étaient assis deux hommes sans âge, petits, comme on en croise des milliers chaque jour. A côté de la natte, comme dans un dessin animé, un panneau un peu ridicule était fiché en terre : « Venez discuter avec moi ». Joëlle se demandait lequel des deux hommes était le gourou. Assez vite, elle réalisa que d’autres personnes, comme elle, observaient la scène de loin.

 

Un des deux hommes se leva. L'homme assis resta seul, semblant somnoler. Puis, il leva doucement la tête, et la tourna droit vers la jeune femme. Elle perçut aussitôt, malgré la distance, son regard vif et bienveillant. De longues secondes s’écoulèrent avant qu’il ne lui adresse un geste d’invitation. Alors, comme si s’était très naturel, elle se fraya un chemin entre les gens assis çà et là, et vint s’installer en tailleur sur la natte.

 

- Bonjour, dit-elle, puis se tût.

- Je me suis fait aider par les arbres pour vous accueillir le plus simplement possible, dit l’homme.

- Je vous remercie, répondit-elle, intriguée.

Et le silence s’installa.

 

Joëlle, troublée, voulait reprendre la conversation, mais elle n’y parvenait pas, peut être par respect de l’ambiance : le chant très présent des oiseaux dans les branches avoisinantes, l’odeur mélangée des feuilles mortes, une luminosité très particulière. Elle chassa l’une après l’autre les phrases surgissant à son esprit, les trouvant comme déplacées.

 

- Je cherche le bonheur, dit-elle enfin, surprise elle-même par cette idée.

- Voilà qui me paraît essentiel. Je serais heureux que vous reveniez, pour que nous le cherchions ensemble, dit le gourou

 

Spontanément, elle acquiesça. Malgré le peu de mots, elle avait la sensation d’avoir eu un échange très riche. Le cœur léger, elle inclina la tête, se leva et s’éloigna. Elle alla s’adosser à un grand platane et resta ainsi un moment, captivée par l’atmosphère du lieu. Enfin, elle rentra chez elle tranquillement. |

 

En chemin, elle se remémorait le passage du journal : le gourou avait entrepris cette activité deux années auparavant (à sa retraite professionnelle ; jusque-là, il était simplement cadre dans le service public). Quelques années plus tôt, disait l’article, il avait publié un livre intriguant intitulé « Traité de la vie illuminée ». Joëlle repensa à leur échange et sentit au fond d’elle-même qu’elle n’allait pas en rester là.

 

 

 

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